La foi chrétienne est elle hostile à la raison?

729px-Auguste_Rodin_-_PenseurOn a parfois l’impression que la foi chrétienne serait opposée à la raison, en demandant une adhésion aveugle, qui ferait appel à la crédulité et s’opposerait à toute réflexion.

Dieu a choisi une façon rationnelle de communiquer

En fait, Dieu a choisi de se révéler par la parole, en particulier dans la Bible. Or le langage est le moyen de communiquer des idées, d’établir une communication entre des êtres rationnels. C’est un Dieu intelligent qui veut entrer en contact avec notre intelligence par le biais d’une communication intelligible. En cela, le Dieu de la Bible est bien plus rationnel que bien des approches mystiques modernes, où le contact avec Dieu (ou la Nature, la Vie, la Force …) ne se fait que par le ressenti ou par une communion indéfinissable. De tels éléments interviennent dans la foi, mais la foi a un contenu et appelle une appropriation intellectuelle1.


Le rationalisme n’est pas rationnel

Par contre, la foi a maille à partir avec le rationalisme, qui veut faire de la raison la base de tout et le juge de tout, qui veut voir une Raison auto-suffisante et suprême. Or l’idée que notre raison, celle d’êtres limités, puisse saisir l’entier d’un monde infiniment complexe est pratiquement indéfendable. La raison a besoin de fondements et de bases pour raisonner : il faut d’une manière ou d’une autre postuler qu’elle a accès à des informations, que nos sens donnent des informations correctes, et toute approche rationnelle part d’une certaine vision du monde2. D’autre part, la raison ne peut que rester limitée dans sa compréhension.
D’ailleurs, personne ne vit que par la raison; celui qui prétendrait déterminer ses affections et chacun de ses comportements par déduction logique froide serait assurément regardé comme fou3.

Si la raison ne suffit pas à saisir le monde ni à conduire une vie humaine, à d’autant plus forte raison elle ne permet pas d’atteindre la connaissance d’un Dieu infini, ni de trancher la question de son existence ou de sa nature (en cela, l’agnosticisme est une position assez raisonnable).

La révélation au secours de notre raison

La foi chrétienne se base sur le fait que Dieu, sachant bien les limites et la faillibilité de notre compréhension, s’est fait connaître, prenant l’initiative de se révéler. Il l’a fait, comme on l’a vu, par le biais d’un langage d’homme, utilisant des hommes pour communiquer d’une manière compréhensible à l’homme et accessible à sa raison limitée. Dieu ne donne pas une connaissance exhaustive de lui-même, qui nous dépasse infiniment, mais il donne une compréhension réelle, appropriée à ce que notre raison peut saisir. Considérant la grandeur d’un Dieu infini et nos limites, il est finalement rationnel de penser que la révélation que Dieu donne de lui même est plus fiable que les constructions de notre raison; en même temps c’est entre autres notre raison qui est appelée à comprendre la révélation que Dieu donne.

Ainsi, la raison autonome qui juge de tout est un rêve et une illusion. Par contre, la révélation de Dieu dans la Bible, qui fonde la foi chrétienne, s’adresse à la raison en lui donnant sa juste place, celle d’un organe utile mais limité, qui ne supprime pas le restant de la personne humaine (volonté, sentiment, etc …) mais se soumet à la révélation de Dieu.

© Jean-René Moret


Voir aussi :

Quelques ouvrages :

  • Stott, J., Plaidoyer pour une foi intelligente, Presses Bibliques Universitaires, 1979
  • Nisus, A. (Ed.), Pour une foi réfléchie, Maison de la Bible, 2011

 

  1. À titre d’exemple, un passage de la Bible qui montre la valorisation de l’intelligence, et son lien avec la connaissance de Dieu:
Mon fils, si tu acceptes mes paroles,
si mes préceptes sont pour toi un trésor,
si, prêtant une oreille attentive à la sagesse,
tu soumets ton cœur à la raison ;
oui, si tu fais appel à l’intelligence,
si tu invoques la raison,
si tu la cherches comme l’argent,
si tu la déterres comme un trésor,
alors tu comprendras ce qu’est la crainte du SEIGNEUR,
tu trouveras la connaissance de Dieu.
Car c’est le SEIGNEUR qui donne la sagesse,
et de sa bouche viennent connaissance et raison.
(Livre des Proverbes, chapitre 2, versets 1 à 6).
  • Le « je pense donc je suis » de Descartes provient de cette nécessité : trouver un fondement pour commencer sa réflexion. D’ailleurs, Descartes poursuivait en postulant l’existence de Dieu. Voir Trop cartésien pour croire en Dieu?. D’autre part, F. Schaeffer défend que la perte de confiance dans la raison humaine et ses capacités provient de l’abandon de la foi en Dieu comme base de la réflexion : Schaeffer, F., Démission de la raison, Maison de la Bible, 1993.
  • Voir à ce sujet G.K. Chesterton, ‘The Maniac‘, in Orthodoxy, 1905.
  • Posted in Articles, Philosophie et spiritualité, Réponses courtes and tagged , .

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *