C’est si bon de dire du mal !

L’observation de l’être humain montre que la médisance est l’une de ses activités favorites. Il semble que pour un groupe de personnes, on trouve peu de distractions plus appréciées que la dissection verbale des défauts des personnes absentes ou n’appartenant pas au groupe. Cet état de fait n’est pas une nouveauté, puisque dès avant notre ère, on trouve cette phrase dans le livre des Proverbes:

Les paroles du dénigreur sont comme des friandises: elles descendent jusqu’au fond des entrailles
(Proverbes 18.8)

En plus de souligner l’attrait de la calomnie, cette phrase évoque également qu’il y aurait des conséquences profondes et durables à l’écoute du dénigreur, puisque ses paroles descendent au fond des entrailles. On peut faire un rapprochement avec le dicton féminin plus contemporain sur les friandises: « 3 secondes dans la bouche, 3 heures dans le ventre et 30 ans sur les hanches ». Ce parallèle montre bien que le plaisir passager est compensé par des résultats à long terme nettement moins plaisants.

L’attrait de la médisance

On peut maintenant se demander pourquoi la médisance exerce un tel attrait, mais également quelles sont ses conséquences pour celui qui y prête l’oreille. L’un des attraits les plus immédiats du dénigrement est qu’en rabaissant l’autre, il permet de se sentir « pas si mal ». Le mécanisme de calomnie collective permet à chacun de se sentir dans le haut du panier, puisque les critiques le concernant sont chaque fois faites en son absence. Être entretenu de la paille qui se trouve dans l’œil de son voisin permet d’oublier la poutre qui se trouve dans le sien propre; c’est donc une issue facile. Le dénigrement est également un sujet quasi inépuisable de discussion, qui donne l’occasion d’exercer sa verve et son ironie. On le voit par exemple dans Le Misanthrope de Molière, où Célimène récolte l’admiration de ses auditeurs en se livrant à une série de « portraits » féroces. Ridiculiser quelqu’un est donc un moyen efficace pour faire rire, tandis qu’un éloge ne provoque l’hilarité que quand il est un échec, ce qui explique que l’on préfère ridiculiser.Un autre facteur est que, l’homme étant fort prompt à remarquer les défauts d’autrui, lorsqu’arrive le dénigreur, celui-ci provoque souvent une réaction de joie de l’ordre de «  Ah ! Je ne suis pas le seul à penser ça! ».

Le danger de la médisance

Ces divers éléments expliquent l’aspect « friandise » de la médisance; nous allons maintenant nous intéresser à ses conséquences. La première qui vienne à l’esprit est le mépris. Celui qui écoute trop volontiers le dénigreur en vient rapidement à mépriser la cible des attaques. Certains argueront qu’ils ne prennent pas au sérieux les mauvaises paroles, que c’est « pour rigoler ». Eh bien, c’est exactement contre ce genre d’idée que nous met en garde l’auteur des Proverbes: la friandise sera digérée, même si on l’a mangée « juste pour le goût », par gourmandise » et sans « sérieusement » vouloir en absorber l’énergie. De même, le livre des Proverbes dit que la parole du dénigreur descend jusqu’au fond des entrailles, sans exprimer aucune condition. Il n’y a pas trace de « si on y croit », de « si on le prend au sérieux » ou d’autres conditions. Qu’on le veuille ou non, ce que l’on entend s’accumule dans le subconscient, dépréciant peu à peu l’estime que l’on porte à son entourage si l’on n’y prend pas garde. De même, la pratique et l’écoute de la médisance mine peu à peu la capacité à voir le positif en l’autre, selon le principe de « la fonction crée l’organe », qui semble se justifier dans les questions psychologiques. À terme, on en vient à ne plus voir même ses propres qualités, puisqu’on ne fait plus remarquer le bien; en cela, la médisance reprend même ce qui faisait son attrait initial.

Tout cela nous mène à rejoindre le constat du Psaume: « heureux l’homme (…) qui ne s’assied pas sur le banc des moqueurs1« . Bien qu’attrayante au premier abord, la médisance aussi bien dite qu’entendue ne mène qu’à l’amertume.

Jean-René Moret, Aout 2016


Cet article était initialement une dissertation réalisée dans le cadre d’un cours de français du secondaire supérieur.

  1. Psaume 1, verset 1.
Posted in Éditorial, Éthique et foi chrétienne.

2 Comments

  1. Très juste . La médisance est un piège un des fruits de la chair. Les dix Paroles : Tu ne calomniras pas, faux témoignages. ..

  2. Bonjour !

    Merci pour cet article salutaire qui remet « les pendules à l’heure » sur ce point sensible, mais, hélas, combien banalisé !
    A noter que « médire » veut dire « mal dire », soit… »maudire » !

    A l’inverse, « bénir », c’est dire du bien de quelqu’un, et même dire une chose que Dieu a déclaré bonne : une chose juste et vraie, donc.
    D’autre part, bénir, c’est aussi se mobiliser pour que ce bien énoncé par la parole devienne une réalité.
    A noter que si Dieu bénit, bénir est aussi une prérogative du croyant, qui est « appelé à cela »(1 Pie.3v9 ; Rom.12v14), car il est un fils(ou une fille) née de la bénédiction de Dieu.
    Bénissons donc ! Et en plus, c’est bon !

    Fraternellement,
    Pep’s

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